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Charte du Monocle



La présente charte de l’association Le Monocle présente son organisation, ses valeurs et son fonctionnement. Elle est lue et approuvée par toute personne rejoignant l'association. Elle peut être révisée lors des assemblées générales bi-annuelles, ou en cas d'événement exceptionnel. La première version a été voté lors de l'assemblée générale du samedi 24 janvier 2026. 


Le Monocle a pour but d’offrir un espace aux personnes lesbiennes, pour se retrouver autour du vécu très spécifique qu’est le vécu lesbien. C'est une association par les lesbiennes pour les lesbiennes. Ainsi, nous avons pris la décision de garder les membres de l’association en mixité choisie lesbienne, sur l’auto-détermination des personnes.

Par ailleurs, nous avons pour ambition de faire communauté avec toutes les personnes LGBTQIA+ ; nos événements sont en majorité à destination de l’ensemble de la communauté queer. Nous tenons à être intransigeant.e.s en ce qui concerne des comportements discriminatoires ou d’abus, LGBTQIA+phobies, sexisme, racisme, xénophobie, discrimination religieuse, validisme, psychophobie, âgisme, etc

Cette décision n’est pas une décision d’exclusion mais une volonté d’offrir un espace dont les personnes lesbiennes manquent cruellement. En effet, on observe depuis maintenant plusieurs décennies la fermeture et la disparition progressive des lieux et espaces lesbiens, au niveau national comme international (bars, associations, collectifs, ...). C’est une grande perte pour lacommunauté lesbienne qui dépendait fortement de ces milieux pour palier la solitude provoquée par l’expérience lesbienne. Le rejet des hommes de la sphère intime provoque une dévalorisation systémique de nos productions, de nos voix et de nos interrelations, une déshumanisation et une marginalisation systématiques. Le terme “lesbienne” vient déjà avec son lot de stigmats spécifiques : fétichisation, désir de nous “convertir”... La société nous conditionnant à centraliser, mettre en avant et désirer les hommes, autant intimement que dans les sphères sociales, professionnelles et politiques, il est d’autant plus isolant et violent de subir ce déclassement. L’expérience de la féminité étant si intrinsèquement liée aux relations avec les hommes, les lesbiennes ressentent aussi souvent une déconnexion avec le genre de femme tel qu’il est contruit par le cishétéropatriarcat. On observe donc une rupture entre l’identité femme et l’identité lesbienne.

Il existe aujourd’hui de nombreux endroits et organisations en mixité choisie queer et/ou féministe, où malheureusement les lesbiennes ont parfois du mal a trouver leur place et à se sentir pleinement à l’aise. Leur identité lesbienne est souvent invisibilisée, leurs besoins spécifiques négligés et il y a souvent une incompréhension/désintérêt pour la culture lesbienne, qui pourtant façonne leur lutte. Nous revendiquons donc un lesbianisme politique qui vise à redonner de l’affection, de la douceur, du plaisir, de l’investissement et de la considération à nous-mêmes.

Le Monocle a pour aspiration de créer un rassemblement, d’offrir un espace où la communauté lesbienne peut monter des projets et initiatives à destination des lesbiennes, s’organiser politiquement, en prenant en compte les besoins provoqués par cette expérience lesbienne, tout en gardant l’héritage lesbien au centre. Il s’agit de la priorité n°1 de l’association.

●  Être membre

Les membres sont les personnes participant aux actions et aux décisions de l’association. Les membres sont adhérent.e.s. Les membres de l’association sont en mixité choisie lesbienne.

Les adhérent.e.s soutiennent financièrement l’association et peuvent profiter des consommations.

L’adhésion, annuelle, est à prix libre, avec des prix conseillés : 2 euros (prix solidaire), 5 euros (prix conseillé), 10 euros (prix soutien). Elle permet d’obtenir une carte d’adhésion. Tout le monde peut être adhérent.e ou bénévole ponctuel.le, non-membre.



●  Accueil des nouvelleaux membres

L’accueil des personnes intéressées pour rejoindre l’association se fait lors d’événements communs. Ceux-ci sont communiqués publiquement afin de permettre la rencontre avec les futur.e.s membres. Un moment de discussion et de présentation de l’association est succédé du partage d’un formulaire

d’adhésion. Ponctuellement, entre deux événements d’accueil, une ou plusieurs personnes peuvent rejoindre l’association sans passer par cette procédure. Une rencontre est alors organisée avec au moins deux membres de l’association pour échanger avec les personnes intéressées. Le formulaire d’adhésion est ensuite envoyé. Dans les deux cas expliqués ci-dessus, la réception du formulaire par l’association suffit pour l’adhésion définitive des nouvelleaux membres.

Toute personne peut devenir membre du Monocle sous seule condition d’adhérer à l’ensemble de la charte du Monocle. Cela signifie le respect de la mixité choisie, l’accord avec les valeurs de l’association, l'approbation du mode de fonctionnement. Pour Le Monocle, cela signifie l’acceptation de toustes les membres sans réserve, du moment que la charte est respectée dans son ensemble par toutes les parties.


●  Prise de décision

Toustes les membres du Monocle décident collectivement concernant la ligne de l’association, les actions à mener, le fonctionnement. Nous avons une organisation horizontale, sans hiérarchie.

Les décisions sont prises majoritairement au moment des réunions et assemblées générales. Celles-ci doivent être organisées au moins 72h en amont, hors situation exceptionnelle nécessitant une réunion d’urgence.

Les prises de décisions se font autour de discussions. Nous encourageons les compromis. Nous décidons à la majorité avec un objectif de consensus, ce qui nécessite de prendre le temps de dialoguer pour trouver un accord.

Un compte-rendu récapitulant les décisions est disponible à la suite des réunions. Les personnes souhaitant contester une décision ont un délai de 72h pour le faire, cela ayant un effet suspensif jusqu’à un autre vote.

Pour les échanges virtuels, qui impliquent un enjeu décisionnel, nous laissons un délai de 48h afin qu’une opposition ou une demande de réunion s’établisse, avant de trancher une décision.


●  Mandats

Les tâches permettant le fonctionnement de l'association sont partagées entre les membres et sont tenues par mandat de six mois. Les mandats tournent, afin de favoriser l’apprentissage et la transmission des connaissances et des compétences. Des retours des mandats sont effectués régulièrement afin de permettre le soutien des membres dans leurs tâches. Nous croyons en une auto-gestion collaborative et responsabilisante de l’association.

Les “mandats généraux” qui concernent la gestion de l’association, sont distribués lors des assemblées générales. 

D’autres mandats, dits “secondaires”, sont en lien avec l’organisation d’actions et d’événements, selon les besoins de l’association. Ils sont répartis au cours des assemblées générales ou des réunions.

Toutes les tâches peuvent être investies par toustes les membres. La force militante étant précieuse, nous encourageons le partage du travail afin de ne pas participer d’une charge mentale trop lourde des membres. L’association fonctionne grâce à l’énergie bénévole des membres, à hauteur des moyens de chacun.e.


●  Non-respect de la charte et gestion du conflit

En cas de l’émergence d’un conflit entre plusieurs membres de l’association, nous souhaitons gérer les conflits en autonomie, en créant si besoin une cellule exceptionnelle de gestion de crise, qui sera élue avec un vote majoritaire aux 2 tiers des membres. Nous visons toujours une désescalade des conflits et offrons à toustes nos membres une présomption de bonnes intentions. Nous sommes bienveillant.es les un.es avec les autres, visons à protéger les victimes avant tout et à instaurer un système de justice restaurative et transformative. Nous n’attendons la pureté militante de personne et souhaitons être un espace d’apprentissage et d’éducation. Nous reconnaissons la violence engendrée par les call-outs intra-communautaires et limitons nos call-outs éventuels à des organisations et non des individu.es. Nous interrogeons toujours les mécaniques de pouvoir qu’il peut y avoir au sein de notre association et nous autorisons à faire appel à une médiation extérieure si nécessaire.

Nous nous inscrivons dans une lutte qui se veut intersectionnelle, alliant un combat contre toutes les dominations, sexisme, racisme, fascisme, capitalisme, écocide. Afin de promouvoir cette intersectionnalité des luttes, nous nous affirmons en collaboration et en appui avec des collectifs et associations qui disposent de leurs propres savoirs, précieux, grâce auxquels nous luttons ensemble. La liste suivante décline nos différents engagements.


● Transidentité

Nous vouons un intérêt particulier à la lutte contre la transphobie, et notamment la transmisogynie et tenons à rappeler que les identités trans et lesbiennes sont indissociables. Nous souhaitons travailler directement avec des collectifs concernés, veiller à privilégier les voix trans au quotidien et soutenons l’autodétermination du genre.


● Anti-patriarcat

Nous sommes opposé.e.s à toutes formes de violences de genre, qu’elles concernent des femmes, des personnes non-binaires ou des hommes et souhaitons protéger et mettre en valeur les personnes minorisées. Nous respectons le droit de chacun.e à dévier des normes de genre et de sexualité et souhaitons un démantèlement du système cishétéropatriarcal.


● Anti-capitalisme

En tant que personnes queer, nous sommes particulièrement touché.e.s par le capitalisme*, car il précarise nos communautés, en nous excluant du travail et en attaquant les quelques protections sociales qui nous permettent de survivre (minima sociaux, Allocation Adulte Handicapé.e, sécurité sociale). Nous nous engageons à travailler au maximum en dehors des institutions, qui orchestrent ce système capitaliste.

Nous refusons le pinkwashing (des entreprises mais aussi de l’Etat) qui consiste à utiliser un discours faussement progressiste et pro LGBTQIA+ pour se donner une bonne image. Nous rejetons également le capitalisme rose (ou capitalisme arc-en-ciel), qui incorpore des discours du mouvement LGBTQIA+ et de la diversité sexuelle au capitalisme et à l'économie de marché. Nous sommes en opposition avec l’homonationalisme, qui consiste en l’instrumentalisation des luttes LGBTQIA+ par l’Etat, des partis politiques ou des mouvements nationalistes à des fins politiques, afin de justifier des propos racistes, xénophobes, contre les religions, etc. Plus largement, nous luttons contre la récupération de nos identités et nos luttes.

Nous ne souhaitons pas être aseptisé.e.s et que nos identités soient rendues inoffensives. En tant que personnes queer, nous remettons en cause le modèle cis-hétéro patriarcal sur lequel s’appuie le système capitaliste pour perdurer.


● Anti-fascisme

Face à la montée des discours réactionnaires d’extrême-droite et les attaques répétitives contre nos droits et nos vies, nous nous inscrivons dans une lutte anti-fasciste. La montée mondiale du fascisme vient directement menacer nos existences ; nous cultivons une solidarité antifasciste avec les luttes d’ici et ailleurs. Nous soutenons les initiatives locales antifascistes et nous ne laisserons pas la place à des discours ou éléments d’extrême-droite dans nos espaces et nos événements.


● Écologisme

Nous croyons en une intersection des luttes politiques, sociales et écologiques. Nous nous engageons dans nos événements à consommer local, avec des collaborateur.ice.s de proximité, à systématiquement proposer une alimentation végétarienne et vegan lors de nos événements. Notre écologisme est relié à une lutte contre la destruction et la marchandisation du vivant ; il se témoigne sous des pratiques qui se veulent les plus respectueuses de l’environnement possible.


● Antiracisme et anti-colonialisme

Nous soutenons et relayons les luttes contre le colonialisme, le racisme et la xénophobie et nous nous engageons à travailler avec des personnes et organisations concernées. Nous sommes opposé.e.s à la récupération des luttes queer pour justifier le colonialisme, le racisme et l’homonationalisme. Nous sommes pour l’abolition des frontières et de la violence qu’elles impliquent, pour la liberté de circulation et l’autonomie de chaque peuple.


● Libertaire

Nous sommes une association apartisane mais non pas apolitique. En effet, nous luttons contre toutes les formes de domination (de classe, de genre, de race, etc.), et contre l’autoritarisme. Ainsi, nous sommes opposé.e.s à la gouvernance de l’État et fonctionnons en indépendance de ses institutions et souhaitons une structuration égalitaire et anti hiérarchique de la société.

Nous avons pour objectif de nous organiser de manière horizontale afin de favoriser les initiatives personnelles et individuelles, que chacun.e se sente légitime. Nous luttons contre des schémas de hiérarchie et des rapports de pouvoir qui pourraient se créer au sein de l’association. Notre fonctionnement traduit cette aspiration.

Nous cultivons une bienveillance, une patience et une empathie les un.e.s envers les autres. Nous n’avons pas les mêmes formations (militantes, politiques) ou les mêmes bagages (culturels, économiques) et tout le monde n’a pas accès aux mêmes ressources. Nous avons à cœur de prendre en compte ces décalages, mais surtout de prendre le temps de discuter et de nous former ensemble.

Nous souhaitons favoriser l’émancipation de toustes par la transmission et le partage de connaissances.


● Anti-validisme et anti-psychophobie

Nous nous engageons à organiser uniquement des événements accessibles à toustes, à respecter les capacités d’investissement de chaque membre, les besoins spécifiques de chacun.e.

Nous nous engageons à avoir un regard critique sur la pathologisation des identités queers, puisque les luttes folles et queers sont imbriquées. Nous luttons contre la précarisation des personnes handicapées.

Nous portons attention aux risques sanitaires et sexuels qui ont déjà lourdement touché nos communautés au cours de la crise du SIDA ; en ce sens, l’invisibilisation d’une éducation sexuelle visant les personnes lesbiennes est l’une de nos préoccupations. Nous souhaitons lutter contre la sérophobie, mais aussi favoriser une éducation à la réduction des risques d’infections sexuellement transmissibles (IST).


● Anti-âgisme

Nous nous positionnons contre l’âgisme, système de domination découlant du patriarcat. Les enfants et les personnes âgées sont ainsi trop souvent privé.e.s de parole, de reconnaissance et de pouvoir d’agir. Nous nous inscrivons dans une lutte pour les droits des enfants. Lutter contre l’âgisme, c’est refuser l’effacement des plus jeunes comme des plus ancien.ne.s et combattre les rapports de domination au sein même de nos collectifs. Nous souhaitons ainsi porter une attention particulière à ce que les personnes de tous âges se sentent bienvenues au sein de l’association Le Monocle.

Nous défendons également l’importance de la transmission des savoirs, des expériences et des mémoires, dans un rapport de respect mutuel. Nous revendiquons la transmission comme un acte politique, fondé sur le respect, la reconnaissance de nos aïeu.lle.x et la solidarité intergénérationnelle, condition indispensable à des luttes émancipatrices et durables.


● Pro TDS

Nous soutenons l’auto-organisation et l'autonomie des travailleur.euse.s du sexe (TDS) et les luttes pour leurs droits. Nous refusons de prendre part à des discours puritains et abolitionnistes. Nous considérons qu’il n’est pas intrinsèquement plus coercitif qu’une autre forme de travail sous le capitalisme.

Les lois abolitionnistes précarisent et mettent en danger les TDS. Nous sommes favorables à une instauration d’un cadre légal qui les protège comme n’importe quel.le travailleur.euse.


● Anti-toxicophobie

Nous sommes contre la stigmatisation et la pathologisation des personnes concernées par des addictions. Nous souhaitons décentrer l’alcool et les substances de nos espaces et de nos événements. Nous souhaitons favoriser des initiatives de réduction des risques (RDR) afin de créer des espaces plus inclusifs et respectueux des réalités de chacun.e.


La charte du Monocle est un outil, un cadre politique pour l’association. Elle traduit notre volonté de construire un espace sûr avec une base commune de valeurs. Mais elle n’est pas figée, elle n’est pas une fin en soi. Elle a pour vocation à être discutée, interrogée et enrichie au fil du temps des expériences collectives.

Elle peut être modifiée exclusivement dans le cadre d’une assemblée générale. La charte est en effet un cadre, mais qui se veut évolutif, vivant. Nous invitons toutes les personnes qui rejoignent l’association à s’en emparer, à la faire vivre et à contribuer à sa transformation.